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Avec la collaboration spéciale de :
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Pourquoi je conte
Ce texte a été rédigé en préparation d’un brunch-causerie du Cercle des Conteurs des Cantons-de-l’Est qui s’est tenu en janvier 2007. Je remercie les membres du Cercle pour leurs commentaires, leurs réactions, leur patience et leur indulgence face à mes lubies. Pour l’ensemble de leur œuvre, quoi...Je n’ai jamais suivi de stage avec la conteuse Claudette L’Heureux, mais je sais qu’elle demande à ceux qu’elle forme : « Pourquoi tu contes ? »
Fichue question.
Elle me viraille dans le cœur et la tête depuis un moment déjà. J’arrivais à y trouver toutes sortes de raisons corollaires – dont quelques unes sont décrites ici – mais je sentais confusément que ce n’était pas « ça ». Je viens, je pense, de parvenir à une réponse qui me satisfait davantage, qui feel vraie.
Reconnaissance
Dans mon journal personnel, j’écrivais en mars 2003 : « ... Je participe à un atelier de conte. C’est un art traditionnel que j’aime beaucoup et que j’ai envie de découvrir de plus en plus. Cependant, j’ai toujours eu une pudeur face à cela. Je sais parler en groupe, inventer des histoires, j’ai fait du théâtre et de l’improvisation, mais conter me fait très peur... Je ne sais pas pourquoi... J’ai envie d’aller au bout de ce malaise voir ce qui s’y trouve. » Et l’aventure dure depuis ce temps. La pudeur reste, mais s’atténue lorsqu’on comprend que le conteur doit s’effacer derrière l’histoire.
Néanmoins, ce n’est que tout récemment que j’ai commencé à me faire à l’idée de laisser tomber le mot « amateur » après « conteur » lorsque je parle de ce que je fais. Et, sans fausse modestie, ça a peu à voir avec ma perception de mon niveau de compétence. Non, c’est que, jusqu'à tout récemment, j’avais de la difficulté à ce que cette pratique me définisse. Pourtant, quand j’annonce à des amis qui me connaissent depuis longtemps qu’il m’arrive de conter des histoires, tous sont unanimes « Ça te va bien», « Je te vois là-dedans », etc.
J’ai peine à me servir d’un marteau. Je ne suis pas particulièrement bon en informatique, même si je travaille près de ce domaine. Vous pouvez me demander un coup de main pour déménager mais, compte tenu de ma force physique, ce n’est pas moi qui m’occuperai des gros meubles... Ce que j’essaie de dire c’est qu’il m’a longtemps semblé avoir peu à redonner à ma communauté en échange pour tout ce qu’elle m’apporte. Aujourd’hui, je sors une histoire de mon sac et je vois naître des sourires. Quelqu’un vient me voir après un spectacle et me dit que je l’ai touché. Je me sens utile. Je me trouve bon.
Veut, veut pas, je conte un peu beaucoup pour être vu, mis en valeur, reconnu et connu. Le risque serait d’en venir à ne conter que pour ce plaisir narcissique. Conter pour se voir dans les yeux des spectateurs.
Mais ce n’est pas d’abord pour ça que je conte...
Appartenance
Je conte aussi pour « être de la gang »... du local à l’international. Pas une gang fermée, mais plutôt ouverte sur les groupes d’âge (y’a des enfants conteurs, des ados, des adultes et des personnes âgées... que j’aime fréquenter. Et ça c’est une révélation pour moi !), ouverte sur toutes les régions du Québec... et sur le monde (le plaisir des rencontres magiques avec les méditerranéens, les français, les créoles, les amérindiens, les irlandais, etc.). Surtout, le milieu des conteurs exerce sur moi une véritable fascination. Un peu bohêmes, ces gens sont beaucoup de ce à quoi je voudrais ressembler (moi l’intello, le père de famille straight). Je l’ai souvent dit : en principe, les conteuses et conteurs sont des gens avec des choses à dire... Combien j’aime ces gens et combien j’aime les écouter.
Et ici, le risque serait justement de ne conter que « sur » les autres; à en perdre son individualité, son originalité. Pour reprendre Michel Hindenoch, le conteur doit d’abord « se retirer à l’écart » du groupe pour se replonger dans sa relation particulière avec ses histoires. Ensuite peut se faire la communion.
Cependant, ce n’est pas d’abord pour ça que je conte...
Accessibilité
Je conte pour me réconcilier avec la création et la scène dont j’ai tellement rêvé plus jeune, mais pour lesquelles le courage m’a si souvent manqué. Or la pratique du conte réunit pour moi tout ce que j’aime faire sur le plan artistique: lire, écrire, apprendre (de la tête et du corps) de beaux récits, les dire sur scène. Conter me semble différent parce qu’« accessible ». Des textes courts, des histoires courtes; une parole publique, mais intime.
Être accessible, c’est se dire en public, dire son imaginaire sans des tas d’intermédiaires. C’est rester au niveau de ce public, ne pas le regarder de haut comme une masse informe, mais comme de petites assemblées d’individus. Être accessible, c’est offrir des espaces dans les histoires pour que le spectateur puisse y entrer. Or, si le conte est un art de la simplicité, du dépouillement, il est en même temps celui du foisonnement des mots et des images. Pourtant, par on ne sait quelle magie, il préserve cette ouverture qui fait que tous peuvent s’y glisser aisément.
Je crois qu’avec cette proximité vient toutefois le danger de ne conter justement que pour faire plaisir aux autres, à en diluer ses histoires. Sous prétexte d’accessibilité, tomber dans la facilité. Cesser d’être critique. Exigeant.
Reste que ce n’est pas d’abord pour ça que je conte...
Patrimoine
Si je me pose la fameuse question du pourquoi conter et que je me regarde dans le miroir, je me vois confronté à ma trentaine qui avance. Je commence à perdre mes cheveux, à faire du ventre, à pocher sous les yeux, à deviner des plis qui deviendront des rides, à me douter d’où surgiront mes premiers cheveux blancs...
Je pense à tous ces gens que je ne connaîtrai jamais, passeuses et passeurs de contes et d’histoires depuis des temps immémoriaux. Je pense à mon grand-père maternel, directeur du bureau de tourisme local, passionné de généalogie, de toponymie et de la petite histoire. Je l’imagine penché sur un vieux document, une photo, une coupure de journaux, excité par une découverte. Je pense à mon grand-père paternel que je n’ai jamais connu et dont je n’ai jamais entendu les histoires... qu’il contait très drôles, paraît-il. Je pense à ma grand-mère qui nous a tant parlé de lui et qui nous a tant parlé de son Bas-du-fleuve. À l’entendre, la moitié du Québec vient de là-bas. Je pense à mon père et à son amour de la parole et des jeux de mots. Je pense à mon fils et à ma fille, aux petits-enfants qu’ils me donneront peut-être.
Quelque part, je conte pour m’inscrire dans le temps. Je conte des histoires que j’écris moi-même, mais aussi des histoires des autres qui me touchent, me retournent, me « choisissent » comme on dit dans le milieu. Voilà je pense ma façon à moi de m’enraciner, de faire partie d’une tradition, de contribuer à quelque chose de plus grand... et pourtant de marginal. Faire revivre des histoires que l’on croyait oubliées ou utiliser ce matériau pour en faire de nouvelles, peut-être même voir les siennes reprises par d’autres...
Et à choisir des histoires plus grandes que nous, si grandes qu’elles sont parfois trop lourdes à porter, n’y a-t-il pas justement le risque de perdre sa voix dans l’infini du temps ? Ou encore à y crier pour être entendu en voulant « faire moderne » à tout prix, si bien qu’on y dénature les histoires ?
Pourtant, et bien que ce rattachement à la tradition me soit fondamental, ce n’est pas d’abord pour ça que je conte...
Mobilisation
D’autres en ont parlé mieux que je ne le ferai jamais, mais le conte a bien sûr une dimension communautaire, une portée de cohésion sociale, de bienfaisance, d’éducation populaire. Il rassemble alors que tant de paroles divisent. Bien qu’enfant de son époque, contextualisé ici et maintenant, il demeure intemporel, héritier d’âges anciens. Dans une époque où Walt Disney règne sur l’imagination, il fait vraiment figure de rebelle.
À cause de la puissance des images que les contes véhiculent, j’ai souvent pensé que les premiers récits étaient des rêves qu’avaient fait les hommes des cavernes et qu’ils avaient ensuite partagé avec leurs semblables. Je ne sais pas si les autres créatures terrestres rêvent elles aussi, mais je crois que nous sommes les seuls à pouvoir partager nos rêves, à essayer de mettre en mots nos indicibles.
Bien sûr, le conte est imaginaire, fiction, irréel. Mais toute quête, toute entreprise, toute action, la plus concrète soit-elle, a débuté par une utopie, un rêve mis en mot, une histoire à laquelle des gens ont crû. Ça peut sembler prétentieux ou complètement flyé, mais je conte pour transmettre un peu de la sagesse du fond des temps de tous les peuples de la terre et espérer qu’elle nous donne envie de bâtir un monde meilleur.
Écueil majeur contre lequel nous met en garde Guth Desprèz : le danger de faire du conte une parole conscrite, embrigadée au service d’une idéologie ou de l’autre. Au nom d’une « Cause » quelconque, imposer une finalité à des récits et abandonner le plaisir du don gratuit et du sens ouvert.
Bien qu’on s’approche de la raison principale qui me fait conter, on n’y est pas tout à fait non plus. Alors, pourquoi diable est-ce que je conte ?
Sens
Ce qui m’a mis sur la piste, c’est d’abord la phrase dite par « Le conteur dans la ville », personnage qu’évoque Jocelyn Bérubé : « Avant, je contais pour changer le monde, aujourd’hui je conte pour ne pas qu’il me change. » Cette parole résonne fort en moi. J’y trouve des bouts de ma vérité actuelle. Puis, celle-ci, écrite par Jihad Darwiche: « J’ai l’impression que la parole du conte me rassure, reconstruit le monde autour de moi, le fait naître du chaos. »
Plus récemment, c’est dans Le murmure des contes que j’ai découvert cette réflexion de Henri Gougaud qui traduisait le mieux ma pensée :
« Un conte est un récit cohérent. [C’est] peut-être même sa définition première. Sans cohérence, il n’y a pas de récit. C’est un récit cohérent qui parle de la vie. Or chacun, le nez dans sa propre existence, en distingue mal la cohérence. Et dans cette nécessité de raconter des histoires, il y a cette idée constante, souterraine, que notre présence au monde est cohérente, qu’elle a un sens, même si nous ne le voyons pas.
Quel est ce sens ? Ça c’est l’affaire de chacun. »
Je conte pour donner du sens au monde; donner du sens à un monde qui en a de moins en moins à mes yeux. Je ne prétends pas que ce sens soit le « bon » ou qu’il soit fixe et définitif – l’une des forces du conte étant au contraire que chacun y trouve son interprétation – mais je m’y retrouve. J’y suis plus à l’aise, plus familier. Les dragons se font tuer, Ti-Jean épousera la princesse et les pauvres peuvent littéralement aller à la rencontre de leur chance pour devenir riches...
En fin de compte, n’est-ce pas ce pourquoi les humains se sont contés des histoires de tous temps? Pour expliquer l’orage, le soleil, la lune, la mort du monde à l’hiver et sa renaissance au printemps. Je conte parce que cette poésie, cette folie parfois, mes ressemble davantage que tout ce que j’entends aux bulletins de nouvelles. C’est de l’air frais dans une société où, me semble-t-il, ça sent de plus en plus le renfermé sur soi-même...
En même temps, je réalise bien que cette motivation qu’est la mienne ne va pas non plus sans problème. À constamment vouloir créer du sens par les contes, on risque de les intellectualiser à outrance et leur faire perdre tout ce qu’ils ont d’instinctif et de gratuit. Voire, de merveilleux...
Le pourquoi du pourquoi
S’il fallait justifier ce travail de réflexion – dans le sens de « miroir » autant que dans celui d’« approfondissement » – je m’avancerais à croire que l’on ne conte que ce que l’on est. Par conséquent, se demander pourquoi l’on conte permettrait, selon moi, de mieux se connaître et, de là, de mieux raconter. Comme pour le voyageur, le trajet de celui ou celle qui s’interroge sur les raisons qui le poussent à conter est plus enrichissant que la destination. Bien qu’il soit intéressant de pouvoir fournir une réponse à cette question, il m’apparaît aussi important qu’elle ne soit pas définitive, afin que celui ou celle qui se la pose se retrouve le plus souvent possible sur ce même chemin.
Se demander pourquoi l’on conte nous oblige à sortir du confort, nous évite de stagner. Lorsque les réponses auxquelles on parvient ne sont pas celles auxquelles on s’attendait, cela permet de jeter un regard neuf sur notre répertoire, notre façon de dire, de bouger, d’entrer en rapport avec le public, etc.
Se demander pourquoi l’on conte, c’est cultiver le doute. Parce que les contes ne sauraient fleurir sur nos certitudes.
Apologie du rêve éveillé
Ah, l’éternelle question, qu’est-ce qu’un « bon » conte, et par extension un « bon » conteur ?
Je ne prétends pas détenir la réponse, mais l’envie m’est venue de coucher par écrit quelques réflexions sur le sujet, issues de l’oxygénation cérébrale causée par la pratique de la bicyclette sur un trajet familier (étonnant, parfois, comment les idées viennent…)
Postulat : le conte est supérieur au cinéma. Vous me direz : « Quel rapport ? » J’y viens. Le cinéma (ou la télévision) peut être décrit en disant qu’il raconte une histoire avec des images animées, même si c’est un peu réducteur.
Et tant que j’en suis aux définitions, quand je parle plus loin de « conte », entendez le « conte conté » (par un conteur) et non le conte en tant qu’entité théorique, abstraite ou même écrite.
Fin des préambules.
Le cinéma, donc, déroule une histoire en images animées. L’inconvénient, c’est que les images en question ne sont pas celles du spectateur, mais celles du réalisateur. Et à ce titre, elles dépendent et sont issues de son imagination, de ses capacités techniques et de ses moyens financiers (du temps disponible également, mais ce dernier est très directement lié aux moyens financiers). Et quand bien même tout cela est à la hauteur des attentes du spectateur, il reste encore une limitation d’importance : le film est construit selon les règles ou l’esthétique – appelez ça comme vous voudrez – du réalisateur. Elles peuvent plaire ou non au spectateur, mais ce n’est pas un choix pour lui : il est contraint d’être passif.
Et quand je dis « contraint », c’est au sens fort du terme. Car le cinéma dispose d’un pouvoir sans rapport aucun avec sa « qualité » : il hypnotise le spectateur. Sceptique ? Alors jurez-moi que jamais, JAMAIS !, vous n’êtes resté jusqu’au bout d’un film, en vous disant tout du long de la projection : « Que c’est mauvais ! » Et si, comme je le pense, vous ne dites rien, alors choisissez : mon explication de « contrainte hypnotique » ou une confession de masochisme assez poussé…
Le conte, lui, est de mon point de vue immensément supérieur pour la simple raison que le spectateur est actif. Tous ceux qui ont été « emportés » par un conteur disent peu ou prou la même chose : « je voyais l’histoire. » En quoi est-ce un mieux ? Mais pardi, parce que toutes les limitations citées ci-dessus disparaissent ! Plus de budget, de moyens techniques ou artistiques ni d’effets spéciaux déficients. Dans un esprit, c’est « tout est gratuit, tous les jours ! »
Le merveilleux dans l’histoire, c’est que la plupart des gens, quand on leur demande de « visualiser », échouent et vous disent qu’ils en sont incapables. Et pourtant, sans même s’en rendre compte, ils y parviennent parfaitement quand un conteur les entraîne dans un conte. J’avancerai là une hypothèse supplémentaire : le conte dispose, lui aussi, d’un pouvoir de contrainte de type hypnotique, à la différence qu’il s’agit là de faire sauter les blocages dans l’esprit des spectateurs. Oui, les blocages, ceux que l’on nous enseigne dès l’école primaire et que l’on pratique tout au long de sa vie scolaire puis professionnelle.
C’est que pour visualiser, il faut se livrer à ce que j’appelle le rêve éveillé. Et que ce genre de pratique n’est pas franchement encouragé, ni à l’école, ni au bureau. D’où les blocages.
J’en arrive au « bon » conte/conteur (d’un point de vue personnel et subjectif, bien évidemment). Un bon conte, c’est quand, les yeux ouverts, j’assiste non pas à la disparition du conteur, mais plutôt à son intégration comme… disons, élément de décor, parfois même comme acteur (mais souvent brièvement) de l’histoire ; quand je visualise des images animées, une histoire au complet, avec scènes tragiques ou romantiques, cascades (analogie cinématographique, je sais), selon ce que contient le conte.
Je dis bien « visualiser » et non pas « voir », car je distingue les deux. Voir, c’est ce que j’ai sous les yeux. Ou ce que je « vois » en rêve. Ou ce que j’imagine en détail, éveillé, les yeux fermés (et il est très difficile d’arriver de cette manière à quelque chose qui se compare vraiment à la vision normale, je peux vous l’assurer pour le faire en préparation sportive – il ne faut pas confondre visualiser avec voir les yeux fermés). Je ne parle même pas d’y arriver les yeux ouverts : je suis personnellement incapable de me créer à volonté des hallucinations visuelles, parce que c’est bien de ça dont il s’agirait…
Visualiser, c’est pour moi le produit du rêve éveillé. Des images, c’est certain, mais qui affleurent la conscience d’une manière différente. Ce n’est pas une surimpression, ou alors une surimpression visualo-cérébrale. J’ai ces images à l’esprit sans un seul instant cesser de voir le conteur. Pour autant le conteur, s’il est bon, ne me cache pas le conte, cela même s’il y intervient comme acteur (fait rare et bref, car délicat). J’ai pendant la durée du conte (et parfois même quelque temps après) un film mieux qu’un film. « Mon » film.
A contrario, le mauvais conteur est le seul spectacle auquel j’ai droit. Comme un film défectueux, on pourrait dire que j’ai le son et pas l’image. Le conteur prend la place, il peut être bon en diction, en mémoire, en gestion du souffle, etc., mais il reste seul devant mes yeux et mon esprit. Si l’histoire m’intéresse et que la « technique » est bonne, au mieux, je trouverai la prestation « pas pire. » Je dois d’ailleurs confesser qu’honnêtement, je me juge hélas plus souvent « pas pire » conteur que « bon » conteur…
Fin des réflexions cyclo-conteuses pour aujourd’hui. Bons spectacles à tous !
Natashquan
Allo les ami(e)s, kwe kwe, hi friends,
Just back from the Innucadie festival in Nutarquan (Natashquan en français), tired and happy to sleep in my own bed again. In my bags , a whale's skull, ribs and vertebrae I found, sturgeon scale, artic tern, murre, dried kelp for my soups in the cold of winter, two clam shells.
And in my heart 5 mile beaches of red-gold sand stretching in lazy elegant crescents, great rivers spilling out from the Labrador plateau, dunes and marram grass, ceannabhán leaning in the wind like a congregation of little elders chattering, the music of the Innu language, strong faces that have hunted and fished there for thousands of years, brown skin, high cheekbones, laughing eyes, drum and song, fog lifting in the dawn wind, the smell of smoke and ocean, drying wrack and sea-lettuce.
Chants to the masters of the hunt, in old cracked voices, calling the spirit that governs the caribou herds, lamenting an only son lost tragically in an accident,
Accordeon swinging reels that crossed from the Magdelan Islands with the Landrys and Cormiers fleeing oppression but with music still in their hearts,
Bear skin, marten, ermine, beaver furs still trapped and traded
Salmon and crab, lobster rolls
Telling the tragedy of the Rideau Canal navies in a shaputuan floored and scented with pine-branches to eyes filled with tears, feeling the pain of the craziness of power and empire crushing the ordinary people, a pain they know too well
Telling old Irish stories and outrageous lies to a bar full of laughter and delight and friendship,
Standing on the red rocks, sculpting while Catherine Joncas tells of her grand-uncle's fox farm and the revenge of the queen of foxes on her family for imprisoning such beautiful beasts
In a kitchen while Alexis Roy tells of a cussin' competition in a "camp de bûcherons" and a young woman sings Evangeline acappella damn near as well as Mari-Jo Therio,
Invited to sing a sean-nós song "as Gaelinn" while the Innu singer Kathia Rock accompanies me on the drum, and then this happens - she improvises a haunting blues in Innu, as a continuation of my song...
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Wales and the medieval castle, it's jousting field and it's 14th century priory and it's 15th century tithe barn, the Tudor house I stayed in, Danny just back from a fishing expedition on Loch Currane - 10 miles from the house I grew up in, pubs with real ale and the woman who was selling the house Dylan Thomas lived in, classrooms full of children in love with story, a ballad session with Shiela Stewart and Anita Best, Michel Faubert and a sami man "jauking" about the rivers and the people of his far North - Artic soul music,
Joseph smudging everyone on opening night as they went on stage, Taqralik Partridge - solo throat singing and her gangster-rap about her grandmother and the gun she knows how to use (better watch out for those Inuit women!),
Toby and Norman playing late into the whisky-stained night, Sharon Shorty and her alter-ego Grandma Susie -Tlingit women don't take prisoners either,
Cliffs and rooks playing in the winds, rabbits scurrying away, barley fields with drooping heads of grain, gray waves crashing against the rocks far below, Somerset on the horizon,
- all that seems a light-year away already
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I wear your crown , gathered grasses in Eureka and Oroville and Paradise
Woven in thorn and briar , laurel and May
I dance on feet of halcyon and mercury,
flashing fleet flip flourish flounder flaunt
I sing the beauty of the world's kingdoms - throne-thrown ocean of delight:
The tiny whorled perfection of a new-born's fingerprints
Bread rising patiently, a foal whinnies nearby
Porcelain-blue wren's eggs in a geodesic dome of twigs 'n leaves 'n straw
hedge-hidden songs now pill-formed
A sliver of moon over the lake, a quiet plop - muskrat slips off towards the further shore
the haunting cry of the cranes' mating calls, in the rush and reed spears of the marshes
Canyons threaded with thin ribbons of swift-flowing silver lost in the dusky shade of Ponderosa pines
Hills beyond hills beyond hills to eternity
Arabesques danced for no good reason - now, that's good reason to dance.
A motorcycle stutters through the night tearing along the dotted line of now...
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Have a wonderful summer,
L’heure des bilans
Note : article rédigé en rapport annuel pour l'association Storytellers of Canada / Conteurs du Canada, pour laquelle Julie est représentante francophone pour le Québec.Je ne sais par où commencer […] Ai-je réellement apporté quelque chose à SC/CC en particulier ou n’ai-je fait qu’une promotion générale du conte ? Eh oui, c’est le temps des remises en question : fin de saison, rapports, bilans (financiers et autres)…
En fait, je me rends compte que mes différents postes au sein de divers organismes du monde du conte (Productions Cormoran, RCQ, SC/CC, pour ne pas les nommer) me font privilégier un rapport plus générique que particulier à la promotion de notre art : même si mes taches sont clairement distinctes et séparées, je n’en mène pas moins une action commune dans le sens où je m’implique pour le conte.
Que ce soit dans la recherche de fonds, de subventions pour continuer à avancer, dans la mise sur pied d’activités autour du conte, dans la gestion administrative nécessaire à tout organisme, dans le plaisir immense de pouvoir transmettre mes mots et mes sensations au public, dans le travail de préparation précédant toute prestation, dans les efforts quotidiens pour faire reconnaître notre pratique, dans la vie en générale… la passion domine.
C’est elle qui nous donne l’énergie de faire et refaire, de présenter, de proposer, de vendre, de publiciser, de surpasser les déconvenues, de redresser les épaules. Car le monde du conte n’est pas toujours un monde facile, et tous ceux qui en font partie le savent bien…
J’ai moi-même connu des moments de fatigue, car le travail repose malheureusement trop souvent sur les épaules des mêmes personnes. Encore et toujours. Tout le monde est occupé, tout le monde a une vie bien remplie, tout le monde « n’a pas le temps ». Parfois, cela me donne envie de tout laisser tomber et de me consacrer, moi aussi, à ma vie personnelle, à mon travail, mes spectacles, mes contrats, sans plus me soucier du groupe, de la « vue d’ensemble »… des autres, dans le fond. Et pourtant… Si personne ne prenait la lourde responsabilité de travailler pour représenter le conte et les conteurs, que se passerait-il ? Que deviendraient les réseaux, les outils, les communications, les échanges, les conseils et l’énergie qui relient les conteurs, les diffuseurs, les instances gouvernementales et le public ?
Alors les gens passionnés se remettent à l’ouvrage et la vie continue, exigeante, avec son lot de joies et de peines. Dans le monde du conte comme ailleurs.
J’aimerais donc […] remercier tous ceux qui se battent pour leur passion, qui travaillent continuellement pour leur art, qui s’accrochent, dérapent, se relèvent, montent, prennent de l’expérience et sont toujours là, à nos côtés, après toutes ces années. Les conteurs et piliers de l’association SC/CC, bien sûr, mais aussi ceux des autres organismes liés au conte. Tous ceux, aussi, qui ont envie de grossir les rangs du réseau des conteurs, tous ceux qui peuvent offrir des conseils avisés.
Même si vous pensez ne pas pouvoir, ne pas savoir, ne pas avoir le temps… un tout petit geste, un simple mot, un léger coup de main, une présence, cela suffira. Mais impliquez-vous avec nous, pour que vivent les organismes nécessaires au développement du conte !
Aller au-delà des contradictions – 12 juin 2007
Le 20 mai 2007, au chalet de ski de fond municipal de Val d’Or, qui servait de quartier général au Festival de contes et légendes de l’Abitibi-Témiscamingue, le RCQ a tenu sa 2e table-ronde du RCQ sur la professionnalisation. La première avait eu lieu en avril, à Montréal, dans le cadre du Festival de Bouche à oreille. Reprenant le même thème, « La profession “conteur”, mais à quel prix ? », cette table-ronde animée par Christian-Marie Pons confrontait les positions d’André Lemelin et de Joujou Turenne.
Professionnel ou amateur
Pour commencer, Christian-Marie Pons a rappelé que le conteur du renouveau est un orphelin. Coupé de la tradition, il doit réapprendre à la fois son art et son répertoire, et pratiquer dans des lieux jusqu’alors inconnus. Ses spectacles sont présentés dans des réseaux de diffusion similaires à ceux des arts de la scène plutôt que dans des veillées, et en ville plutôt que dans le village. Paradoxalement, le conteur amateur se retrouve souvent sur une scène professionnelle, alors que le conteur professionnel est parfois contraint à la diffusion amateure.
Mais qu’est-ce qu’un amateur, et qu’est-ce qu’un professionnel ? Le conteur amateur, au sens noble, c’est celui qui conte pour l’amour de l’art, sans vouloir en vivre, dans la liberté. Malheureusement, le terme « amateur » a aussi la connotation de débutant ou médiocre. À l’opposé, le professionnel, c’est celui qui a les qualifications, le savoir et le savoir-faire voulu pour vivre principalement de son art. Dans le cas du conte, cependant, il n’y a pas de mécanisme de reconnaissance officielle comme un diplôme. De toute manière, devenir conteur professionnel, qu’est-ce que ça implique, du point de vue du conteur, comme du point de vue du spectateur ? Car, si le contage professionnel c’est le fait de « donner un conte à un auditoire composé d’inconnus en échange d’une contrepartie », comme le dit Ben Haggarty, donc à s’engager dans une espèce de contrat, à quoi le spectateur a-t-il droit en échange de son billet ?
Là dessus, Christian-marie Pons a invité ses deux invités à réagir.
Ne pas faire n’importe quoi
Au départ, André Lemelin a déclaré un parti pris analytique, romantique et utopique. Évoquant le titre de la table-ronde, il a lancé : « Et si le prix à payer n’était pas en espèces sonnantes, mais en probité ? » On devient professionnel, au sens littéral, pour gagner de l’argent ; mais comment définir cet « idéal » ? De toute manière, à moins de faire de l’animation scolaire, il est pratiquement impossible de vivre du conte au Québec. La seule possibilité de professionnalisation, par conséquent, c’est de tourner dans toute la Francophonie, donc d’avoir une compétence égale à celle des concurrents étrangers. Il s’agit alors d’acquérir l’expérience, la formation, les techniques de scène, le répertoire national et international, la capacité de s’adapter à tous lieux et tous auditoires et les aptitudes d’entrevue qu’ils possèdent, en plus d’une philosophie solide face au conte.
André Lemelin s’est dit mal à l’aise face à cet idéal. En le définissant, en effet, on définit le professionnel sans définir le conteur. Pour lui, un conteur, c’est « quelqu’un qui brode ses mots sur le canevas d’un conte approprié, tout en restant fidèle à soi-même, dans un contexte convivial. » En d’autres mots, on ne peut pas conter n’importe quoi à n’importe qui, n’importe quand, au péril de cesser d’être un conteur. Il ne faut pas faire n’importe quoi pour faire de l’argent. Il faut réfléchir à la nature du conte et à sa spécificité, à ce qu’il a de différent et de commun par rapport aux autres arts.
L’amour, la nécessité, la vocation
Joujou Turenne, elle, a voulu faire une intervention spontanée et personnelle : ce que sont le conte, le conteur et la circulation du conte, à la lumière de son expérience. Pour ce qui est du conte, elle a mis en garde les participants contre le purisme et l’orthodoxie. Le conte a mille formes : enseignement à l’origine, il peut être ludique, mythique, randonneur, etc. Pourtant, il reste conte, comme la danse reste danse, qu’elle soit pratiquée dans un mariage, sur une scène ou dans une discothèque.
Pour elle, le conteur choisit des contes qui lui parlent, qu’il peut rendre avec authenticité. La nuance entre amateur et professionnel n’a pas de sens : ce qui compte, c’est l’amour, la nécessité, la vocation. Le conte est déstabilisé par le purisme qui l’empêche d’évoluer ; et on peut en dire autant pour le conteur. En qualité d’artiste, il a des choses à dire et il choisit des contes pour le dire. Le conteur doit disposer de la même liberté de création que les artistes des autres disciplines. Il doit avoir une personnalité artistique et un répertoire propres.
Pour ce qui est de la circulation, le conteur doit avoir sa « machine de production ». Il lui faut se préparer en fonction du mandat, faire preuve de polyvalence, de souplesse ; il faut se préparer, répéter, etc. Il faut être exigeant face au client et rester prêt à tout, car « le conte reste le seul art qui résiste à la panne d’électricité » ! Cependant, il manque de circuits où se produire.
Entre passion et reconnaissance
Le débat qui a suivi ces trois exposés traduisait bien le malaise du milieu face à la professionnalisation de leur discipline nouvelle. D’une part, on se sent tiraillé entre les définitions étroites du conte et la nécessaire liberté d’expression de l’artiste, qui échappe aux catégories. D’autre part, passionnés par leur art, les conteurs vivent douloureusement la difficulté de s’y consacrer entièrement, faute de moyens et de débouchés. Il existe une tension palpable entre la recherche du succès commercial, l’engagement personnel et l’enracinement dans une collectivité, qui répondent à des impératifs différents.
En conclusion, je vous laisse sur quelques réflexions :
« Il n’y a pas 56 façons de pratiquer un métier : il faut travailler son art. Les bons conteurs sont des perfectionnistes. » Marie-Fleurette Beaudouin
« Dans le circuit commercial, il y a un risque : on devient un produit, pour des gens qui privilégient l’emballage au contenu. La relation d’argent a un prix lourd : une perte de liberté, une coupure de la collectivité. » Guth Des Prez
« Il n’y a pas de développement culturel sans développement économique. Toute action culturelle est un combat. » Guth Des Prez
« Il faut aller au-delà des contradictions. » Joujou Turenne
Compte-rendu : Table-ronde sur la professionnalisation du conte – 8 avril 2007
En introduction, Christian-Marie a divisé le monde du conte en deux catégories : les amateurs et les professionnels. Il a également rappelé l’étymologie du mot « amateur » : de amator, « celui qui aime » ; c’est aussi celui qui « cultive, recherche » pour « son seul plaisir ». De nos jours, le sens d’amateur a dévié pour prendre une connotation négative : celui qui fait sans savoir(-)faire. En opposition au professionnel, qui obtient rétribution pour sa prestation, avec contrat à la clé ; un public a, par essence, des attentes envers un professionnel, qu’il n’a pas envers un amateur.
Ce qui m’a frappé, lors de ce débat, c’est que finalement le sujet lui-même de la professionnalisation du conte a été peu abordé. Manque d’intérêt ou manque d’inquiétude de la part du milieu ? Je ne saurais dire. Mais les thèmes de l’UdA, de l’agent, des moyens à mettre en œuvre pour se professionnaliser, etc. ont été à peine effleurés, voire carrément oubliés…
Toutefois, le débat ne manquait pas d’intérêt pour la trentaine de participants présents, en majorité conteurs et/ou diffuseurs. L’apport extérieur de l’homme de théâtre qu’est Jean-Claude Germain est indéniable. Il a sans cesse comparé le conte au milieu du théâtre des années ’70, tant en termes de possibilités que de problèmes. Pour lui, le conte doit se trouver une identité artistique propre ; nous devons prouver que nous sommes là pour durer, notamment auprès des bailleurs de fonds. En ce sens, M. Germain rejoint le travail du RCQ, qui tente de faire reconnaître le conte comme discipline artistique spécifique. Le volet très « pratico-pratique » et incontournable des subventions a suscité plusieurs réactions dans la salle.
Mike Burns, autre intervenant connu de tous dans le milieu du conte, a, quant à lui, comparé le conte aux arts martiaux (très pertinent !) : les deux nécessitent de la pratique et de la répétition pour s’exprimer pleinement. On ne devient « débutant » qu’à l’obtention de la ceinture noire, et l’humilité est également de mise avec le conte. « Conteur » est une dénomination qui se mérite. Ce caractère d’humilité a été approuvé par différents intervenants, notamment de la relève.
Mike a également souligné les différents aspects du conte, en se définissant lui-même comme porteur d’une tradition, sans pour autant renier le côté moderne et littéraire du conte assumé par d’autres conteurs : ce qu’on appelle le « conte urbain » et les contes issus de la nouvelle, du roman, de la BD, des films.
Je dirais, pour ma part, que Mike a la chance d’être issu d’une culture riche et millénaire. Ce qui n’est pas, loin s’en faut, le cas des québécois, tel que l’a souligné M. Germain : pour lui, Montréal (comprendre, la ville) n’a pas de tradition. Le pays est récent, cherche son identité culturelle, et « le monde nous appartient » ! À nuancer toutefois avec le fait que tout le monde ne peut pas (= n’est pas capable de) s’approprier n’importe quel répertoire.
Pour M. Germain, la chance du conte est d’être un art léger, d’aucun pourrait qualifier de « nu » : un conteur peut conter n’importe où, dans n’importe quel cadre, sans mise en scène lourde et encombrante (décor). Le conte est, toujours pour M. Germain, le seul art de la scène capable d’investir le secteur éducatif, ce qui est extrêmement important.
Mais est-ce réellement une occasion de professionnalisation ? De nombreux conteurs se spécialisent déjà dans le conte à l’école, et le créneau n’est pas si grand. Par ailleurs, tout le monde ne souhaite pas conter pour les jeunes. La question n’a pas été soulevée / débattue.
L’aspect de la formation des conteurs a également été abordé, avec la constatation d’absence d’une école ou formation officielle et reconnue au Québec. Est-ce pour autant un manque réel ?
Les conteurs présents semblaient réclamer des formations, en oubliant juste que celles-ci existent déjà dans toute la province ! C’est assez frappant, et je pense qu’il s’agit d’un défaut d’éducation des conteurs, dans le sens où la plupart ne savent pas où chercher l’info et n’ont pas le réflexe d’aller consulter le site du RCQ ou son bottin, ni de demander directement aux conteurs et diffuseurs reconnus. Car des formations se donnent tout au long de l’année, qu’elles soient individuelles (citons Judith Poirier, Jacques Pasquet, Claudette L’Heureux…) ou institutionnelles (le RCQ offre plusieurs formations chaque année, ainsi que les Productions LittOrale, par exemple).
Par ailleurs, peut-être est-ce mon côté français qui veut cela, mais je trouve les conteurs très velléitaires : après tout, tel que l’a souligné quelqu’un dans la salle, il est de la responsabilité du conteur de se former. Et quand on veut, on peut ! J’ai trop souvent entendu toutes sortes d’excuses fallacieuses : trop loin, trop cher, pas le temps, etc. Être conteur, ce devrait être l’implication de toute une vie, comme le précise Mike Burns. Si on ne se donne pas l’énergie et les moyens de progresser, la faute n’en revient qu’à nous-même, pas au milieu !
Mike souligne aussi l’importance de l’histoire avant toute chose. Le conte avant le conteur.
Force est de reconnaître que ce n’est pas toujours le cas et que rares sont les conteurs capables de s’effacer de la scène au profit de leur parole. La parabole de Mike était très forte : il nous a conté l’histoire d’un conteur japonais, applaudi par une salle entière lors d’une prestation en début de carrière, et dont le maître se contente alors pour tout commentaire de : « C’est bien, tu as une langue. » Lorsque ce même conteur, des années plus tard, récolte un silence éloquent à la fin d’un spectacle, son maître hoche simplement la tête en signe d’approbation.
Je connais peu de conteurs capables de gagner une telle estime du public. Michèle Nguyen en fait partie.
Je dois d’ailleurs avouer (et je sens que je ne vais pas me faire que des amis en disant cela !) que j’ai du mal à comprendre ce côté très « nord-américain » de rechercher à tout prix la reconnaissance par le bruit : applaudissements, rires. Si une prestation n’a que cet objectif, c’est qu’elle est, par essence, incomplète (pour ne pas dire mauvaise). Le silence d’un public qui ne veut pas rompre le charme de l’histoire qu’il vient d’entendre vaut, pour moi, mille mots et tous les applaudissements du monde…
Le manque de critique des pairs a été également mentionné, mais tempéré par le fait qu’il est souvent délicat de donner une critique à quelqu’un qui ne l’a pas explicitement demandée et n’est peut-être pas prêt à la recevoir. Encore une fois, je déplore le glissement de sens du mot « critique », qui a pris un sens négatif qu’il ne contient pourtant pas forcément… La critique se doit d’être constructive, et non destructive. Mais apparemment, d’après quelques commentaires entendus dans la salle, la critique semble être tout simplement absente de la culture québécoise (à l’inverse de la culture française, probablement excessive dans l’autre sens !).
Un autre aspect du monde du conte a également été abordé lors de ce débat : celui du respect de la scène, de son côté sacré, qui se perd trop souvent. L’artiste doit respecter son milieu de travail pour être capable de respecter son public et son propre travail. C’est un élément essentiel que, peut-être, les conteurs oublient plus facilement que les acteurs de théâtre.
Le sujet de l’éducation du public a aussi été soulevé. C’est un aspect intéressant pour moi, et qui rejoignait le sujet de la professionnalisation : comment avoir des réseaux professionnels dédiés au conte (comme les salles de théâtre dédiées aux représentations) quand la majorité des soirées sont à entrée libre et passage du chapeau (donc, par définition, dans la catégorie « amateur ») ? C’est un cercle vicieux, car le public est habitué aux soirées de conte sans prix d’entrée. Comment changer les choses ? Est-ce actuellement envisageable ? Ce point n’a pas été développé.
Une autre chose qui m’a frappé tout au long de ces 2 heures et quelques de discussion et d’échanges, c’est l’absence totale du terme « semi-professionnel ». C’est pourtant ce que sont beaucoup de conteurs : rémunérés pour leurs prestations dans un cadre non familial, mais obligés d’avoir un emploi fixe pour gagner leur vie en à-côté. Est-ce un pas vers la professionnalisation ou un état de fait qui dure ? Les conteurs veulent-ils tous devenir des professionnels au plein sens du terme ? Autant de questions oubliées.
Peu de conteurs reconnus et/ou professionnels sont d’ailleurs venus assister à la table-ronde (mais en avaient-ils réellement le besoin, et y avaient-ils été conviés de façon personnelle ?). Il manquait donc cruellement, à mon avis, d’interventions de conteurs ayant une expérience significative de la professionnalisation. La relève, à l’inverse, était très présente et se pose visiblement de nombreuses questions sur sa pratique et son cheminement. Un signe des temps ?
En Caravane !
Il y a un an exactement, je m'envolais pour la tournée européenne Caravansérail, un spectacle collectif réunissant 11 conteurs pour célébrer la Francophonie.
A priori, j'ai cru être dans un SAC (Star Académie du Conte). Nous étions onze conteurs et conteuses provenant de plusieurs pays d'Afrique, de la Suisse, de la Belgique, de la Pologne et du Québec, réunis dans un château en pleine campagne française. On avait trois jours pour créer un spectacle à partir d'un texte cadre écrit par Jihad Darwiche et mis en scène par Hassan Kouyaté.
Trois jours... oui ! On a fait venir onze conteurs du monde francophone et on prend trois jours pour créer un spectacle qui va rouler sept mois sur de grandes scènes de France et de Suisse ! Tout ce fric pour célébrer la langue française, mais qui dit quoi… ? C’est vrai qu’i’ faut p’t’être pas creuser cette histoire-là, celle de cette langue qui a réuni des cultures si différentes, mais non sans mal, non sans écorchures et, surtout, non sans la mort d'autres langues, dialectes et patois colorés.
C'était pas mauvais comme show, on a raconté de belles histoires pour toute la famille, c'était beau, je dirais même touchant, de voir toutes ces couleurs réunies sur une même scène : Ahcen BOULKARAA, Michèle NGUYEN, Issiaka BONKOUNGOU dit GRAND, Fine POATY, Adam ADEPOJU dit Taxi-conteur, Rahila HASSAN, Magda GORSKA, Boubacar NDIAYE, Néfissa BENOUNICHE et Kokou Beno SANVEE.
Mais outre ce petit scouich scouich au cœur, j’ai trrrrrrrrripé !
Je peux pas vous résumer sept mois de voyage intense, mais quelle joie d'échanger avec une Polonaise, une Congolaise, un Burkinabais, un Togolais, un Sénégalais, un Algérien... Ha ! Avec celui-là, on a très peu parlé, car on a refusé de renouveler son visa... « Vive l'Algérie française ! » disait l'autre... Oui, le même qui a dit «Vive le Québec libre !» ... Mais, oui, c'est agréable de parler à tous ces gens qui demeurent si loin, qui vivent autrement, à mille lieux des Mont-Valins !
Le concept du Caravansérail était que, dans chaque ville, on racontait par groupe de deux ou trois dans des écoles, bibliothèques, associations, cafés,... et on terminait la semaine par le spectacle collectif. On a conté chez les riches, les pauvres, les prisonniers. J'ai conté là où c'est chaud, là où l'oasis est aujourd'hui gettho. Là, ils... Non : elles, ces femmes, dont le voile dissimule à peine leur force de caractère, n'ont compris que le dixième de mes histoires, de ma langue, de mon origine : Le Québec ? Ça se mange avec quoi ? Mais, après une heure de verbes et surtout de gestes, elles m'ont ouvert leurs bras et on a dansé baladi balada ! On s'est rejoint ailleurs, au-delà des mots et de nos différences.
Mais pour moi le Caravansérail s'est surtout raconté dans les trains, les gares, les restos, les loges, partout où l'attente créait une proximité dans le groupe de conteurs. Là, presque sous la confidence, j'ai entendu de vraies histoires, comme celle d’une jeune conteuse qui se fait traiter de pu... quand elle rentre chez-elle, car elle revient du pays des Blancs avec de l'argent et qu'elle n'est pas mariée ! Ou d’un autre comme bien d’autres qui a ciré des chaussures pour payer ses études, qu'à force de cracher sur les riches, il a réussi à enseigner la littérature dans une université et qu'aujourd'hui le conte lui permet de parler librement !
La tournée est terminée, qu'est-ce qu'on a dit, qu'est-ce qu'on a semé ? Et moi, qu'est-ce que j'ai compris ? Qu'il faut raconter encore et encore, au-delà des cultures, des frontières, des langues, car on vient tous de la même mère... la Terre.
« Kitchi nisitotasoyac pigo kika kanawapamitisonanaw kaki otaskanésiyak. »
Pis pour se comprendre, on a juste à regarder dans nos racines.
(extrait de Keewaytin de Sylvie Trudel
Bonbons assortis ou bonbons mélangés ?
Placer plusieurs conteurs ensemble et le sujet tombera inévitablement sur ce qui est du conte et sur ce qui n’en est pas. Les opinions ne sont pas radicales. Personne ne monte sur la table pour haranguer la foule et presser chacun de prendre position, mais le sujet n’est jamais épuisé. Chacun y va de sa définition. Certains le font avec passion alors que d’autres, il faut se le dire, se passent très bien de cette quête de savoir si « c’en est t’i » ou si « c’en est t’i pas ». Si j’adore être en action et conter des histoires, j’aime aussi ces moments passés à me questionner et à discuter sur ce qui caractérise notre art et sur qu’il apporte comme expérience artistique et culturelle, aux conteurs comme au public.
Un de nos objectifs comme nouveau milieu culturel est de faire reconnaître notre art comme une discipline spécifique. On voit tout de suite l’avantage d’une telle reconnaissance qui viendrait des institutions de soutien à la culture (conseils des arts et autres agences). De ce côté, ayant été sur le conseil d’administration du RCQ et maintenant des contacts réguliers avec ses représentants, je suis à même de constater l’ampleur des efforts que plusieurs de notre milieu déploient de ce côté.
D’un autre côté, je me demande parfois comment les artistes des autres disciplines, eux, nous considèrent. Comment un musicien, qui s’est tapé des années d’apprentissage, de pratique et de « jams » pour arriver à maîtriser son instrument et son expression, perçoit la performance des conteurs qui font actuellement le circuit des lieux de diffusion du conte ? Quel regard pose sur nos spectacles l’artiste en art visuel qui vient, par exemple, de trimer dur à faire une installation complètement éclatée pour une galerie où il ne viendra probablement que quelques visiteurs ?
Qui se promène dans les lieux de conte vit une grande diversité d’expériences. Sommes-nous des bonbons assortis ou des bonbons mélangés ? En effet, il y a de grands écarts entre les conteurs au niveau de la maîtrise de cet art et il y a bien des façons d’incarner cet art.
Pour offrir un soutien au milieu, pour l’aider à se consolider, à se développer, quelques-uns y sont allés de leur définition de ce qu’est le conte (voir, entre autre, la partie sur la nature du conte dans le mémoire qu’a produit le RCQ en mai 2005 ; ce document est sur le site du Regroupement à la section Documents utiles). Parmi les éléments qui reviennent souvent dans ces définitions, il y a l’aspect que le conte n’est jamais dit exactement de la même façon par un conteur à chaque fois qu’il le partage. Ceci ne veut toutefois pas dire qu’il faut que le conteur se garde dans un état d’absolue spontanéité ou qu’il peut se servir de cet élément comme une excuse pour se justifier de ne pas trop se préparer. Plus on conte un récit, mieux on le maîtrise et mieux on peut improviser, « jamer », avec ses motifs.
Les écarts qui existent entre les conteurs qui se disent professionnels au niveau de la maîtrise de leur art font que j’ai parfois l’impression de participer aux jeux gais. Est-ce que les performances des conteurs ne seraient pas un peu considérées comme les performances sportives qui se déroulent lors des jeux gais par rapport aux performances lors des jeux olympiques ? Un événement axé sur la participation versus un qui est axé sur la recherche obsessive de l’excellence. On obtient une bonne couverture médiatique générale, une couverture sympathique, mais, à part pour quelques vedettes, nos performances ne sont peut-être pas vraiment prises au sérieux.
Dans les définitions du conte, on mentionne aussi que ce sont des événements culturels conçus à partir de récits, qu’ils soient issus des traditions orales, de source littéraire écrite et d’un élan de création par le conteur. C’est vaste. Cela se complique si on veut se distinguer.
On dit aussi que le conte penche davantage pour un style « sobre et épuré » (dixit le mémoire du RCQ) que pour une scénographie et des accessoires de représentation. C’est vrai que nos spectacles sont légers en accessoires, mais on observe certains conteurs enrichir peu à peu leurs prestations d’effets scéniques.
Les élans créateurs ne peuvent pas se confiner à des cases théoriques précises. Le décloisonnement, la mixité, s’observent dans bien d’autres arts et il est prévisible que cela ira en s’accentuant dans notre réseau.
L’autre élément qui fait partie des définitions du conte, c’est que le récit est présenté par le conteur lui-même et non par un personnage narrateur. Parce qu’on observe que la quasi-totalité des artistes se disant de notre discipline présente ce jumelage « récit/artiste-narrateur », c’est peut-être l’élément qui nous distingue le mieux. L’obligatoire présence du récit nous distingue ainsi de la pratique de l’humoriste, qui lui met en scène le récit mais aussi la conversation (à sens unique), le portrait, etc.
Quand j’ai commencé à fréquenter le réseau des conteurs, en 1995, je ne me cassais pas la tête comme ça à essayer de définir ce que c’est le conte. J’allais à des veillées de contes. Les gens y racontaient des histoires, des contes traditionnels et des créations personnelles. Et j’adorais. Quand je me retrouve dans un lieu où un conteur ou une conteuse nous partage, en étant lui-même ou elle-même, une histoire, j’éprouve encore le même plaisir.
Comme vous, j’aime ressentir différents types de plaisir. C’est pourquoi je vais aussi au théâtre, j’achète des CD, je lis, etc. Ces autres arts n’enlèvent rien au mien. Ils m’inspirent et me rappellent que la maîtrise d’un art exige une grande rigueur, des élans d’audace et une authenticité face à soi-même.
Judith Poirier, marraine du Cercle des Conteurs de Montréal
Un spectacle dont on entendra parler !
On m’a demandé de tenir une petite chronique d’humeur pour le bulletin du RCQ. J’avais commencé à écrire sur la rémunération des conteurs en tentant de faire de moi un Foglia ou un Nuovo. Puis j’ai eu le malheur d’aller à Ottawa et de voir le nouveau spectacle de Danièle Vallée, « Racontars ». J'ai alors décidé de me faire critique artistique l’espace d’une chronique.
On a vu à l’occasion depuis quelque temps des conteuses ou conteurs inclure du chant ou de la musique dans leur spectacle de conte, cela m’a rarement plu. Les chansons ou la musique sont souvent plaquées là artificiellement, elles distraient du conte et n’y apportent rien, bien au contraire. Bref, je n’ai jamais aimé. Mais quand j’ai vu le spectacle de Danièle et Jean au Centre National des Arts à Ottawa j’ai été ébloui !
J’ai vu plein de spectacles, ici et en Europe, des spectacles bien travaillés, scénarisés et placés, ça non plus ne me plait guère, on sent la mise en scène trop figée qui emprisonne le conte dans un carcan. Mais dans le spectacle « Racontars », la musique originale écrite par Jean et les chansons de Danièle font partie du conte, elles sont un conte en elles-mêmes. Il n’y a pas de coupures, la parole, le chant, la musique forment un tout harmonieux.
Que dire maintenant des contes originaux de Danièle ? Que ce soit le tricoteur de « gougounes » en phentex, les trois putes du coin de rue, les sourdes-muettes d’en face, le tueur d’arbres, l’église du dépanneur, son chien rendu fou par le bilinguisme ou Coquel’œil cher à Jean, chacun des personnages vous entraîne dans un univers différent. De la critique sociale et du conte urbain sans amertume, de la tendresse sans guimauve, des rires rafraîchissants sans cabotinage, on navigue dans ce spectacle en passant sans s'en rendre compte d’un univers à l’autre.
La complicité et le plaisir qu’ils ont à travailler ensemble sont si grands qu’ils nous rejoignent et qu’on a l’impression de faire partie du spectacle, d’être nous aussi complices. Jamais on ne sent l’effort ou le travail derrière la prestation, tout est fluide, tellement qu’on croirait presque être assis à leurs côtés, à regarder par leur fenêtre ce qui se passe dans cette rue étrange.
J’ai assisté là, en cette froide soirée de février à un événement, à la création d’un nouveau standard. Danièle et son copain de scène ont montré qu’il est possible de faire du conte autrement. Même si les textes en eux-mêmes se suffiraient largement et nous auraient charmés, la musique qui contait elle aussi ajoutait une dimension, des images et des émotions nouvelles aux contes.
Le public de 85 personnes ou plus ne s’y est pas trompé, on aurait eu envie d’un rappel. Les applaudissements nourris et soutenus ont bien exprimé ce que nous avons eu comme plaisir.
Aussi merci à Jacques Falquet qui sait organiser de si merveilleux spectacles.
¡Arríba RCQ!
Hiver 2006, Puerto Vallarta, une Modelo Especial à la main, cervoise mexicaine.
L’Océan Pacifique pour moi tout l’hiver et… oh ! Un courriel de Jacques Falquet, une invitation à une formation sur le conte, chapeautée de la passion Lucie Roy ! Teléfono por favor, una llamada a Canadá, pis tout de suite ! J’appelle mon complice qui pelte :
-« Martin, tu viens avec moi à une formation sur le conte à mon retour au pays ? »
-|« O.K. Etienne, super…mais tu m’appelles du Mexique juste pour ça ? T’es fou ! »
Début novembre 2006, colloque du Regroupement du conte au Québec, une Métayer Rousse à la main, cervoise maskoutaine.
Autour de moi plein de conteux mordus, j’en reconnais que j’ai déjà entendus. Des grosses pointures du conte, comme je les appelle amicalement. Moi aussi je conte à chaque fois que j’en ai l’occasion, mais jamais depuis si longtemps qu’eux. Moi, je suis le petit nouveau.
Quel plaisir de jaser avec ce beau monde, artiste à sa façon, qui n’a pas l’ego proéminent, à l’opposé de ceux qui s’y mettent un A, la majuscule plus égocentrique. Le conte, on l’apprivoise, on y grandit, on le donne, on le reçoit, on le nourrit, on s’en abreuve. On le définit pour mieux le connaître, on le guide, on le défend parce qu’on l’aime. Il est populaire sans être cheap, appelle au talent sans être élitiste. L’humilité et l’authenticité de mes confrères et consoeurs du conte me rafraîchit et m’accueille. C’est agréable d’y voir des gens vrais, engagés, ouverts, intelligents et accessibles.
Oui, quand je parle du RCQ, j’ose dire confrères et consoeurs sans prétention même si mon expérience de conteur ne se compare pas encore à la plupart d’entre eux. Je note d’ailleurs un petit malaise chez les conteurs moins expérimentés quand les plus anciens leur demandent si ils sont conteurs. Ils ne sont pas conteurs professionnels et craignent qu’affirmer qu’ils soient tout simplement conteurs ne frôle la comparaison indigne aux vétérans. Ils n’aiment pas trop non plus se rabattre sur l’étiquette de conteur amateur. Je comprends un peu en me rappelant un abus de langage que nous commettons trop souvent : Combien de fois, lorsque la qualité de quelque chose ne nous impressionne pas, disons-nous « mais que c’est amateur » au lieu de « c’est mauvais ». Or un amateur, par définition, est quelqu’un qui chérit et cultive son art par plaisir, sans en vivre, sans le pratiquer professionnellement. Conteur amateur ne sous-entend aucunement conteur poche ! Cette petite épiphanie personnelle est suffisante pour m’anti-rougir les joues de mon amateurisme qui veut continuer de réchauffer la chaise du conteur avec enthousiasme. De toute façon, conte et prétention ne font pas bon ménage, on le sait bien, et si jamais il s’en trouvait des adeptes, la répartie qu’on nous connaît à nous conteurs leur dégonflerait le muscle cervical !
Issue du colloque : RCQ, j’aime ça, j’y crois, j’embarque !
Décembre 2006, foyer de mon salon, une autre rouquine à la main, cervoise outavoise.
J’écris ces mots en espérant revoir mes nouveaux amis et rencontrer les autres bientôt, pour partager rires, amitié et passion dans le conte. Je me souviens de quelqu’un qui nous avait dit : « Le RCQ, qu’est-ce que ça me donne ? » Peut-être était-ce surtout un performeur qui n’avait pas vraiment, comme nous, le conte au cœur. Mais ça, c’est une autre histoire…
Loin d'être cantonné...
Le Cercle des conteurs des Cantons-de-l’Est, créé en 2003… Un petit cercle d’amateurs ben ordinaire ? Franchement, je n’en sais rien ! Apprenti conteur depuis mon arrivée en Estrie, il y a environ trois années, je n’en ai connu aucun autre. Notre programme d’activités se résume à une réunion mensuelle, quelques spectacles à droite et à gauche (sur la scène ou dans la salle), des formations ainsi qu’une implication bénévole appréciable dans la tenue du plus vieux festival de conte francophone en Amérique, « Les jours sont contés en Estrie ».
L'animation de notre réunion mensuelle se fait de façon simple et partagée. Les membres du Cercle, tous des conteurs, ont décidé d’un commun accord de diviser la soirée en deux parties distinctes : information générale et, bien entendu, pratique de contes. En premier lieu, nous discutons d’ateliers suivis ou à venir, de livres qui nous ont plu ou de spectacles auxquels nous pourrions participer. Tout sujet relié au monde du conte est le bienvenu ! Comme le Cercle est composé de près d’une trentaine de membres et qu’il n’est pas rare que la moitié de ceux-ci se présente à la réunion, il arrive bien souvent que ces bavardages s’étirent au détriment de la seconde partie.
Après une pause, ceux qui désirent « casser » un nouveau conte prennent la parole. À la suite de chaque performance, les spectateurs sont invités à commenter, de manière constructive, ce qu’ils ont vu et entendu : déroulement de l’histoire, langage utilisé, prestance, etc. L’expérience de chacun, quelle qu’elle soit, est mise à contribution lors de cet exercice.
Au niveau des activités régulières, le Cercle anime une soirée micro-libre gratuite dans un café du centre-ville de Sherbrooke. L’événement a lieu depuis plus de six mois et le public est toujours au rendez-vous. Nous avons même eu le plaisir d’y recruter quelques conteurs !
Dernièrement, un autre établissement de la région s’est aussi montré intéressé à nous recevoir sur une base régulière. La formule reste à déterminer avec les Productions Littorale, responsable de l’activité, avec qui nous entretenons une belle relation. En effet, la plupart des membres participent aux activités proposées par l’organisme (festival, spectacles, soirées de chants et formations) et offrent, en retour, de nombreuses heures de travail bénévole pour la tenue de ces mêmes activités.
Un petit cercle d’amateurs ben ordinaire ? Pas si pire, finalement !
Il ne faudrait surtout pas oublier les journées mondiales du conte. Je vous rappelle (bien humblement) qu’en 2006, l’Estrie a offert une des plus riches programmations. À qui la faute, croyez-vous ? Dans le prochain bulletin, je vous ferai savoir ce que nous prévoyons offrir au public lors la prochaine édition de l’événement.
